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La Démocratie nous réussit

Tribune : "Les Scop pourraient être inspiratrices de l'économie de demain"

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19 Mai 2020

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Saint-Martin d’Hères, le 12 mai 2020

 

 

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Le point de vue de
Laurence Ruffin, PDG de la Scop ALMA

 
« Les Scop, plus résilientes et qui expérimentent la démocratie économique
au quotidien pourraient être inspiratrices de l’économie de demain. »

 

Depuis deux mois, nous vivons une crise sanitaire sans précédent, avec des conséquences lourdes sur l’économie et le fonctionnement même de nos sociétés et de nos démocraties. Comment notre Scop Alma fait face à la situation ; pourquoi les structures coopératives sont-elles plus résilientes ; quelle vision peut-on avoir de ce qui devrait être l’« économie d’après » : humaniste, citoyenne et écologique.
 

Quel impact la crise du Covid-19 aura-t-elle sur l’activité d’Alma et les projets d’avenir ?
Le début de notre exercice (depuis octobre 2019) a été très bon, et mars était encore un mois correct.  En revanche, nous avons constaté un fort ralentissement sur le mois d’avril, ce qui est complétement inédit pour Alma en 40 années d’existence. Heureusement, Alma s’est au fil du temps développée dans plusieurs activités d’édition de logiciels et de services numériques, et nous sommes par ailleurs présents dans une dizaine de pays. Cette multiplicité permet une plus grande résilience.
Nous nous sommes recentrés dans cette période sur les activités qui pouvaient être maintenues (R&D, veille, projets structurants, etc.) et bien entendu sur le maintien de la relation avec nos clients, à travers par exemple la mise en place de formations à distance ou de webinaires.
En ce qui concerne nos investissements, nous avons mis entre parenthèses certains projets comme la construction d’un troisième bâtiment ou le rapprochement avec une autre société. Mais ce n’est que temporaire, nous ajusterons nos décisions quand nous y verrons plus clair. Nos fonds propres et notre  trésorerie  sont  solides.  Nous  n’avons  pas  d’inquiétude  à  court  terme  sur  notre  capacité  à résister à cette crise.
Quelques jours avant le confinement, nous avions lors de notre assemblée générale partagé un projet ambitieux pour l’« Alma de demain ». Nous devrons nécessairement prendre en compte cette crise pour réfléchir à des ajustements de notre stratégie. Par exemple changer notre rapport au télétravail et peut-être la taille de notre futur bâtiment.
Enfin, sur le plan de nos activités, notre présence à la fois dans la santé et le collaboratif pourrait nous ouvrir  des  perspectives  porteuses  de  sens  capables  de  combiner  bien  commun  et  potentiel économique, avec en toile de fond des enjeux particulièrement d’actualité comme la refonte du système de santé ou la citoyenneté dans l’entreprise. Ce pourrait être aussi à travers le lancement d’une nouvelle activité à terme.
 
De quels atouts la Scop dispose-t-elle pour faire face ?
Cette crise n’est facile à piloter pour aucune entreprise, tant sur le plan économique que sur le plan humain : une chute de l’activité brutale et généralisée, des évolutions législatives incessantes et parfois floues, une attention de tous les instants à la question sanitaire, un pilotage à distance des équipes, beaucoup d’incertitude… Mais dans une période aussi anxiogène, une société qui se fonde sur la transparence, le partage de décisions, la prise en main de son destin par tous les coéquipiers, cela apaise et facilite l’action. Au sein d’Alma, nous avons cherché à aborder la situation avec humilité et bienveillance pour maintenir la cohérence et la transparence de nos actions.
Cette crise met aussi au grand jour le besoin de liens et de solidarité. C’est un moment où l’on cherche d’avantage  la  cohésion,  l’attention  à  l’autre…  On  a  envie  de  vivre  différemment,  ensemble.  La coopération correspond justement à ces aspirations.  
Les Scop résistent statistiquement mieux aux crises grâce à un de leurs principes fondamentaux : une part des résultats est mise en réserves chaque année, en moyenne 40 % chez Alma. Ainsi, les Scop peuvent disposer de fonds propres plus importants que les autres entreprises de taille équivalente, et donc de trésorerie. Ces réserves impartageables, qui sont un bien collectif, font aussi qu’une Scop ne peut être ni vendue, ni délocalisée. Des principes qui prennent tout leur sens dans le contexte actuel…
En effet, la crise que l’on traverse révèle la limite des délocalisations de production pour réduire les coûts, la fragilité de notre dépendance à des chaînes d’approvisionnement internationales à flux tendus, et notre vulnérabilité sur des produits stratégiques comme les masques ou les médicaments. Cela rend criantes l’importance de la production locale et la nécessité d’une industrie française forte et compétitive. Or la Scop, non-délocalisable et ancrée sur son territoire, porte en elle une vision de l’économie basée sur la production en France, valorisant les emplois et les circuits-courts.
 
En quoi le modèle coopératif peut inspirer le « monde d’après » ?
Nous traversons une crise sanitaire terrible, doublée d’une crise économique sans précédent. Mais nous en vivons une autre plus insidieuse, qui se révélera probablement encore plus dramatique d’ici quelques années : la crise environnementale. Nous avons la preuve que l’État, les citoyens et les entreprises sont capables d’une mobilisation collective, de prendre des mesures rapides et fortes, de recréer des écosystèmes industriels nés d’une volonté de solidarité et de coopération locale. Le gouvernement veut « interroger le modèle qui dévoile ses failles au grand jour ». De nombreux citoyens espèrent un « monde d’après » plus solidaire, plus juste, plus respectueux des personnes et de la planète.  
Or les Scop et les Scic mettent en œuvre une démocratie économique sur le terrain et participent à la construction d’un modèle économique différent. Je ne prétends pas que le statut soit parfait ou qu’il réponde à lui seul à nos problèmes, mais il peut montrer le chemin vers une économie au service de l’intérêt général, environnemental et social. Intégrons toutes les parties prenantes, à commencer par  les  salariés,  dans  le  pilotage  des  entreprises,  développons  des  entreprises  qui  associent  les salariés, les usagers, les forces vives d’un territoire. Et investissons dans des politiques industrielles ambitieuses et « vertes », dans une agriculture écologique et la recherche massive dans des secteurs d’avenir respectueux du climat, en reconsidérant notre approche de la répartition de la richesse, de notre consommation et notre rapport à la nature…
Nous avons une occasion unique de faire un virage vers une économie humaniste, écologique et
démocratique, saisissons-là !

Contacts presse : 

Sylvain CATHEBRAS – Responsable Communication
Sylvain.Cathebras@alma.fr
06 76 92 52 49

Claire-Marie SIGNOURET – Agence plus2sens Grenoble
clairemarie@plus2sens.com
06 14 61 82 95